Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Jean-Patrick, un homme comme les autres

En cette période électorale dense, la question du pouvoir d’achat des classes moyennes fait partie des grands thèmes abordés dans la campagne présidentielle. En forte baisse, les ménages français ont de plus en plus de mal à mettre des économies de côté. Et si l’on parle davantage de cette classe de la population, on oublie vite que la classe supérieure possède les mêmes problèmes. Pour comprendre ce phénomène, j’ai rencontré Jean-Patrick, un cadre de la fonction publique de 60 ans, qui malgré ses 23 000€ par mois a du mal à joindre les deux bouts. Immersion auprès d’une famille comme une autre à Neuilly-sur-Seine.

Si Jean-Patrick en est là aujourd’hui, il est tout de même reconnaissant d’avoir connu la précarité à ses débuts. « La vie n’a pas toujours été aisée, il y a plusieurs années avec ma femme Pamela, chaque centime était compté ». Ce mode de vie économe, il l’a gardé malgré son revenu confortable. Et pourtant, ce pouvoir d’achat renforcé lui a rapidement fait tourner la tête au début de son ascension. « Lorsque j’ai reçu mon premier salaire à cinq chiffres, tout était devenu si facile à obtenir, que je dépensais à foison ; voitures de sport, château dans la Sarthe, costumes hors de prix, c’était Byzance ! Puis j’ai vécu à nouveau le découvert, le cycle infernal était revenu». Jean-Patrick n’arrivait plus à s’en sortir, il était esclave de ses dépenses folles.

Mais c’est lors d’un concert des Enfoirés que Jean-Patrick prit conscience de sa démesure. « Les mots de Coluche résonnaient en moi de façon frappante ; il y a des gens qui meurent de faim ». Cette gifle, il se l’est prise en aller-retour et décida de revenir à ses valeurs premières : faire attention à ses dépenses. Ce mantra, il souhaite à tout prix l’inculquer à ses 5 enfants, « je veux qu’ils aient conscience de la valeur des choses et qu’ils parviennent à s’auto-suffire ».

Alors, comment faire pour économiser ?

Il ressortit son carnet de dépenses et se vit freiner totalement son rythme de vie, au grand dam de sa femme, qui s’était un peu trop habituée à son quotidien fastueux. « Passer d’Hermès à Mango fut pour moi une véritable épreuve émotionnelle ». Jean-Patrick se met ainsi à noter compulsivement toutes ses dépenses, il m’a offert quelques conseils. « Mon premier petit plaisir du matin est de m’offrir un café-croissant avec Le Figaro ». S’il allait quotidiennement au Royal Monceau, il se rend désormais dans un troquet du XIème arrondissement. Pour sa pause de midi, il a oublié la cantine d’Alain Ducasse au Plaza Athénée pour un menu à 7€ à la Mie Câline. Il confesse néanmoins parfois craquer, « il est vrai que mes démons me rattrapent vite pour me ramener au Plaza. Mais lorsque cela arrive, je fais dorénavant passer la facture en note de frais pour l’Etat ». Tout le monde a ses failles selon Jean-Patrick.

La pause de 16h à base de macarons Hermé s’est transformé en paquet de Pépito trempé dans du thé noir Lipton, son nouveau péché mignon. Là où le sacrifice est difficile, c’est bel et bien pour les vêtements. « J’ai toujours aimé les belles choses, je considère que mon corps a le droit d’être honorablement vêtit ». Pour ses costumes, il évite de passer par la rue Saint Honoré, trop tentante selon lui. Jean-Patrick s’habille dorénavant chez H&M et Celio. « Je trouve quelques jolis costards, et avec ma carte de fidélité je possède même 10% de réduction sur tout le magasin, c’est fantastique ! ». Pour conclure sa journée, il dîne à la maison avec sa famille autour de surgelés Picard, sa cuisinière étant partie. Et pour les vacances alors ? « Nous partons en camping dans le Gers avec notre tente familiale Quechua, nous apprécions se retrouver intimement autour d’un poêle à bois ». Ce qui reste néanmoins inchangé : les impôts. « Ça me tue tout mon budget, j’essaie d’envisager des solutions alternatives… ».

Ses cinq enfants ne sont pas non plus épargnés, fini l’argent de poche ! Ils ont même dû rembourser à leurs parents 50% des gains versés. « C’était leur manière de contribuer à l’effort familial ». Au bout du compte, Jean-Patrick et sa famille ont réussi à se contenter des choses simples de la vie. « Avec plusieurs petits efforts, nous arrivons à nous offrir un pécule de 15 000€ à la fin de chaque mois ». Ce qu’il souhaite faire de toutes ses économies ? S’offrir une retraite dorée avec Pamela aux Bahamas ! « Cela a toujours été notre rêve, quelque chose me dit qu’aux Bahamas nous auront moins de soucis financier et la vie sera plus paisible ».

Je repars de cet échange profond avec Jean-Patrick avec la conviction que certaines minorités en France sont souvent négligées. Ce témoignage fort permettra sûrement aux candidats à l’élection d’ajuster leur dialogue pour contenter toutes les classes de la population.

 

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